14 octobre 2014 / dans ... & FRIENDS !, CHRONIQUES

Aurélien Meyer a tout d’un grand

Grand March / The White Horse Session - 22 avril 2014Il porte un nom alsacien bien de chez nous (son grand-père est né à Saint-Louis) mais le petit gars est du territoire de Belfort : il a ramené avec lui ses cheveux longs et son humour franc et comtois, et une sacrée dose de guitare décomplexée qui a donné au dernier album une belle couleur électrique.

Il est le benjamin du groupe, le benjamin de sa famille mais il est loin d’être à la traine. Débrouillard et bricoleur, il refait totalement sa première guitare trouvée à l’adolescence dans le grenier de la maison familiale, répare, soude, ponce cette copie de Strat vert-jaune-rouge abandonnée par un copain de ses frères qui sonne le glas de ses trois premières années de trompette, commencée en sixième parce que le voisin en jouait. C’est le moment où il commence à jouer ce qu’il écoute vraiment, le Dire Straits de ses parents, AC/DC et Led Zeppelin qu’il découvre seul et qui le marquent comme une révélation divine. Et s’il joue avec un ami du collège des chansons de Renaud à trois accords, il cherche à tout écouter et tout connaître de Slade et Dire Straits et se coupe définitivement de la musique qui se fait alors.

Voilà la secte dont il est devenu un adepte fervent, celle qui sanctuarise la musique des années 70 et ne trouve point de salut aux musiques actuelles, mais veut bien consentir à compter parmi les élus, après les prophètes, les Jack White et autres Blues Pills, sans oublier les anciens vénérables comme Mark Knopfler.

C’est avec Vincent, l’ami fidèle, qu’il joue dans son premier groupe au nom improbable, Skwixyz (« le mot qui faisait le plus de points au scrabble »), avec un de ses frères, un voisin à la basse et une voisine au piano, qui finit par se produire en 2008 à la Poudrière à Belfort. RMS* naît ensuite l’année du bac pour lequel il prend l’option musique. Il présente Good Times Bad Times de Led Zep à l’examen auquel il obtient un joli 14 sur 20 !

Les deux acolytes partent ensuite faire une école de sons à Montbéliard et se passionnent pour les techniques d’enregistrement et de mixage, celles-là même qu’ils triturent avec délectation des week-ends entiers dans le grenier transformé en studio chez les parents à Grandvillars.

RMS, depuis, c’est l’histoire d’un groupe qui s’amuse à faire de sacrées reprises, qui a tenté deux compos mais se réjouit le plus souvent d’improviser, qui a donné un seul et unique concert dans un bar belfortin, et sans chanteur, s’il vous plaît, juste pour le plaisir…

« Je ne prends jamais le temps de me poser pour composer, quand on se voit avec Vincent, on se dit : qu’est-ce qu’on joue ? On est de gros fainéants ! J’aurais envie mais je n’arrive pas à trouver des textes et si je chante dans RMS, c’est parce que je chante moins faux que Vincent. Et j’aime bien chanter comme un con sur des reprises. »

La preuve :

 

Le studio d'AurélienLes deux acolytes sont passionnés de sons et se sont installés une vraie régie sous les toits : « on a toujours eu envie de reproduire des sons vintage, on voulait une console 70’s et un magnéto 8 pistes, ça force à être créatif et à ne pas surproduire. Une fois que c’est enregistré, on est moins tenté de tout bricoler et de tout recaler. Il y a des petites bêtises, ça accroche mais c’est ce qui nous intéresse. » Ils ont fini par s’offrir une grosse console 32 pistes, de la taille d’un canapé, achetée dans le sud de l’Alsace à des musiciens qui partaient aux États-Unis. Sans doute un heureux présage…

Et sa rencontre avec Grand March ?

« J’ai fait le son la première fois à l’Artichaut, en 2011, puis à leur photo-concert au Trocafé et à Apollonia en 2012. Fred m’a demandé d’enregistrer des morceaux et en découvrant ce que je jouais avec RMS, il m’a demandé des cours de guitare. J’en ai donné un ! Puis j’ai bossé sur des maquettes, j’ai posé des guitares, la première chanson, c’était Let there be light. Et ensuite, on a commencé à 4, direct, à la Laiterie ! On était relativement mauvais, on s’est amélioré depuis. »

« J’ai trouvé ça enrichissant parce que ce n’est pas mon style mais je trouve intéressant d’amener mon influence blues-rock [et son humour], en plus c’est ce que j’aime dans la musique, les mélanges. »

Il a réalisé les prises de sons et la production de l’album One Crowded Hour… sorti au printemps : basse-batterie-guitare dans le grenier familial, le chant, pieds nus sur le parquet qui grince, chez lui à Strasbourg, en face de sa penderie convertie en cabine pour l’occasion. Au final, une ambiance plus rock et des solos de guitares qui ont fait décoller pas mal de compositions.

« Ma préférée sur l’album ? On My Mind [normal, c’est là qu’il fait son plus long solo…]

La chanson que j’aime le moins ? Une vieille, Hold Your Horses, mais ça tombe bien, on ne la joue plus ! »

En attendant, on se moque un peu parce qu’il n’arrive pas à chanter en même temps qu’il joue de la guitare. Sauf dans les clips, quand il fait semblant…

* terme d’électronique, Rout Mean Square, qui fait référence à la même chose qu’AC/DC.

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